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FRITURE Mag, 01/02/2011

Ariane Melazzini Dejean

 

TIME IS / OVER

 

Dans “Time is / over”, le danseur et chorégraphe Emmanuel Grivet expérimente en solo les effets d’une société oppressée par l’accélération du temps. À la manière d’un philosophe ou d’un sociologue, il nous prédit une mutation irréversible. À méditer sérieusement !

 

En résidence à Tournefeuille (31) depuis dix ans, directeur de la compagnie Emmanuel Grivet, l’artiste n’en est pas à son coup d’essai. Depuis 2003, il se passionne pour notre rapport au temps et au corps, en menant plusieurs expériences : l’intervention de plusieurs danseurs en centre-ville qui, doucement, diminuent leur rythme d’activité, jusqu’à le réduire à néant ou celle d’un danseur assis, qui s’ennuie sur scène, laissant le temps s’étirer à l’envie. « Cette pièce solo clôt une recherche personnelle, sur ma façon de penser, de bouger, d’avoir une vie sociale. Cela fait plusieurs années que je ressens une accélération du temps. Il y a de plus en plus de choses en même temps, de moins en moins d’espace entre les choses. Cette façon de fonctionner me fait perdre la respiration, le rythme. J’ai l’impression d’être tout le temps en train de courir, comme beaucoup de gens », explique-t-il.

Sur scène, le chorégraphe évolue en temps réel au milieu de séquences vidéo, accompagnant chaque situation. En plein centre-ville de Séoul, perdu dans l’immensité désertique ou face à l’évolution de la nature, le danseur joue avec les énergies, de la plus lente à la plus fulgurante, pour mieux exister. « Le temps influe sur les rythmes biologiques comme sur les rythmes sociaux. Aujourd’hui, on ne prend plus le temps de la relation personnelle. La société occidentale est touchée par une frénésie du ‘toujours plus en même temps’. Pourtant, on continue à respirer à la même vitesse ! Sachant que la technologie n’a pas de raison de s’arrêter d’elle-même et que la biologie va rester ce qu’elle est, cette limite va demander une adaptation de l’homme, comme il s’est toujours adapté auparavant. C’est en train d’arriver », anticipe E. Grivet.

Plus optimiste que sceptique, le chorégraphe endosse volontiers, dans Time is / over,  le rôle politique de l’artiste qui, par sa sensibilité, peut être un « révélateur » et tente d’éveiller la sensibilité des autres. Enfin, dernière entorse aux conventions, il se met à nu (pour de vrai !), pour retrouver « le vrai de la chair et de l’être dans une société qui le prend de moins en moins en compte ». Car, selon lui, il est peut-être encore temps « de reprendre les choses à zéro »…